Jeunesse Ouvrière Chrétienne

[2020.04.20] Covid19 – Confinés en milieu ouvrier : les jeunes témoignent (4)

Semaine du 20 au 26 avril 2020

Une nouvelle semaine de témoignages de jeunes confinés en milieu ouvrier ! Nous ne sommes pas tous égaux face au confinement… Au sein du mouvement, les jeunes sont nombreuses et nombreux à appréhender cette période pour leurs conditions de vie et de travail notamment, mais elles et ils ont également beaucoup d’espoir ! Parce qu’elles et ils valent plus que tout l’or du monde, la JOC publie chaque jour sur son site (ainsi que sur Facebook et Twitter) leurs témoignages pour rendre visible leurs vies en milieu ouvrier et quartiers populaires.

“Je possède un masque et des gants mais je ne me sens pas protégée plus que ça”

“Je ne suis pas totalement en confinement. Depuis le début, je continue de travailler. Je suis agent de propreté et d’hygiène dans les Deux Sèvres. Je travaille malgré tout. Je possède un masque, et des gants mais je ne me sens pas protégée plus que ça. En temps normal, je travaille 15 heures par semaine. Là, avec le confinement, mes missions ont diminué, je travaille 1h15 par jour du mardi au vendredi. Pour le reste, je suis au chômage partiel.
En ce moment le travail consiste à faire le ménage dans une banque. Je suis en binôme avec une collègue. Comme nous n’avons eu aucune consigne de sécurité, on s’est organisées toutes seules. On partage le lieu de travail pour éviter les risques. Quand l’une est en bas, l’autre est en haut et inversement. Des masques et des gants ont été mis à notre disposition. Les gants, avant le confinement, on pouvait en avoir, mais seulement si on en faisait la demande. Pour les masques, on nous donne au compte-goutte, on en a une dizaine à chaque fois. Quand on nettoie les distributeurs on est au contact des gens. On se protège comme on peut. Chaque jour, j’appréhende de revenir à la maison. J’ai pris de nouvelles habitudes, quand je rentre, je mets tout de suite mes affaires dans la machine et je vais me doucher.
Je ne veux pas mettre mon époux qui ne travaille pas en danger. Bien sûr, il est inquiet pour moi. Mais, j’ai de la chance de pouvoir travailler, même un petit peu. C’est vrai, qu’il y en a n’ont pas cette chance. Même si, parfois, je préfèrerais rester a la maison pour être plus en sécurité.
Très souvent on s’appelle avec les copains et copines de la JOC, on s’appelle une fois par semaine. On arrive à être contact et c’est bien pour ne pas être totalement isolé.
Aux jocistes, prenez soin de vous, restez en contact avec votre équipe, prenez des nouvelles.”

Adeline, 27 ans, dans les Deux-Sèvres (79)

“Apprendre à s’ennuyer, c’est important aussi”

“Je vis seul avec mon chat, Tipex Je suis au chômage technique. Je bossais dans une usine de câblage automobile et l’usine a fermé mardi 16 mars. C’est une boîte qui emploie des personnes en situation de handicap. La responsable qualité, a appelé pour prendre des nouvelles. Ils nous tiennent au courant, on ne sait pas quand on pourra reprendre.
Ça se passe pas trop mal pour le moment. J’ai une très mauvaise connexion à Internet, alors, je lis des bouquins : des contes, des nouvelles, de la poésie. Je partage des photos et des haïkus à mes proches par sms pour garder le lien.
Je réussis à trouver à m’occuper, je trouve même que ça passe vite. Ce qui me pose problème, c’est de ne voir personne. Ma famille n’est pas très loin, parfois quand je vais faire les courses, je passe devant chez mes parents et je les salue depuis la rue.
J’ai envie de dire aux autres de s’occuper, et d’apprendre à s’ennuyer, c’est important aussi. Je conseille de découvrir le haïku, ce sont de courts poèmes japonais. J’aimerais partager aux jocistes un haïku que j’ai écrit  pendant le confinement :

« Le parking vidé
Les branches des arbres nus
Derniers jours d’hiver ? »

Joachim, 28 ans, Bouguenais (44)

 

“J’ai été dans une situation pas facile, si la micro-crèche devait rouvrir, y aller ou non ?”

“Je travaille dans une micro-crèche, je suis animatrice petite enfance. Je suis en CDD jusqu’au 11 mai. Et en chômage partiel en ce moment. La micro-crèche a dû fermer. La première semaine, nous y sommes retourné pour faire le ménage et désinfecter les lieux. Au début c’était un peu flou, y’avait beaucoup d’incertitudes.   On nous a d’abord annoncé que toutes les micro-crèches fermaient, puis une semaine plus tard un message annonçant que ça pouvait rouvrir.
Avec les collègues, on n’était pas d’accord. On a signé une pétition “fermons les micro-crèches et assistante maternelles aux familles non prioritaires”.
J’ai été dans une situation pas facile, si la micro-crèche devait rouvrir, y aller ou non ? Je suis asthmatique et donc « personne à risque », ça été dur, le choix a été de prioriser ma santé pour protéger mes collègues et les enfants ainsi que mes parents. Finalement la micro crèche reste fermée contrairement à une autre de l’entreprise qui a du rouvrir donc certaines collègues sont retournés travailler depuis le 1er avril à 2 jours par semaine. Elles n’étaient pas très pour mais elles le font quand même car elles n’ont pas le choix. Mon CDD s’arrête le 11 mai et bien sûr, j’aimerais être prolongée. Pour le salaire, on a eu un acompte similaire au salaire de février et notre micro crèche où je travaille a pu avoir le chômage partiel.

J’ai pris conscience qu’être en confinement avec ses parents, c’est pas si simple ! Il peut y avoir des hauts et des bas. Ça fait un moment que je veux emménager seule, mais je ne pouvais avec ma situation précaire liée à l’emploi. Si mon contrat est renouvelé en CDI, ce serait l’occasion…
La journée, je fais différentes choses : du sport et j’en suis même heureuse ! Je cuisine et j‘adore ça. Je reprends le goût à la lecture. Je regarde un peu les infos, ça fait peur et c’est stressant. Je continue à vivre la JOC, avec mon équipe fédérale, on a fait une réunion. On se lance des défis, on fait des apéros virtuels sur Skype. Durant cette semaine sainte, j’ai vécu une rencontre Foi en visio sur Skype que j’ai animée avec une copine, une belle soirée d’échanges riche des paroles des jocistes et accompagnatrices.
A 20h, on a rendez vous avec nos voisins. L’autre jour, j’au mis Jean-Jacques Goldman “Il changeait la vie” certains voisins ont sorti les instruments.
Mon copain, Guillaume, habite en Savoie, c’est pas facile la distance, il est seul. Ce qui est dur c’est qu’on ne sait pas quand on pourra se revoir. C’est important de garder le contact tous les jours et se voir en visio. Il est en formation pour devenir gouvernant en hôtellerie, heureusement qu’il peut suivre sa formation. Avec le confinement, j’appelle plus de proches qu’en temps normal. Ça nous rapproche, c’est plus fort. J’ai une sœur qui vit avec son mari et ses enfants, j’appelle mes nièces tous les deux jours. Mon frère travaille, il est technicien de laboratoire, et va faire des analyses liées au corona d’ailleurs. “

Elodie, 26 ans, Caluire et Cuire (69)

“Ma famille me manque, en attendant, je m’occupe comme je peux”

“J’étais chez mon père pendant les 15 premiers jours du confinement, il a eu un traumatisme crânien et avait besoin d’aide. Mais ce n’était pas facile à vivre. Je suis revenu chez moi. L’inconvénient c’est que je suis un peu seul. C’est intenable. J’essaye de prendre l’air, dans le square. On essaye de discuter entre voisins à bonne distance. Quelques voisins m’aident pour les courses. Ma mère aussi m’en dépose de temps en temps. Je suis malvoyant, alors j’évite les grandes surfaces.
J’ai l’AAH, mais j’aimerais bien travailler. J’ai une entreprise dans le conditionnement agroalimentaire qui m’a contactée il y a quelques jours. Si ça peut être l’occasion d’avoir un emploi, je prends…
Ma famille me manque, ma mère aurait bien voulu m’héberger mais elle n’a pas de place, car il y aussi mes deux frères de 18 et 20 ans. Je me demande quand les associations pourront reprendre leurs activités, avant j’étais très occupé, je participe à une chorale, je fais du bénévolat dans une maison de retraite et puis il y a la JOC aussi. En attendant, je m’occupe comme je peux.”

Benoit, 25 ans, Rennes (35)

“Ne lâchez rien et nous sortirons plus fort lorsque tout sera terminé !”

“Je suis en deuxième année en BTM (Brevet Technique des Métiers) Photographie. Je suis confiné avec mon cousin dans l’appartement de ma mère à Clichy sous Bois. Comme je suis étudiant et que mon établissement scolaire est fermé, mes professeurs on décidé de créer un groupe Facebook afin que nous puissions quand même travailler malgré le confinement.
Je ressens de la peur sur le fait que je ne puisse pas démarcher au près d’entreprise comme je suis en alternance et que je n’ai plus d’entreprise et aussi j’ai peur par rapport au fait que je ne sais pas comment je vais faire pour passer mes examens de fin d’année.
La journée, je suis sur mon ordinateur (Youtube, Facebook etc…) ou sinon je joue sur ma console pour faire passer le temps. Pour moi ce qui est difficile c’est d’être obligé de rester chez soi car je suis une personne qui n’aime pas trop rester en place, j’aime bien sortir voir mes amis.
De temps en temps j’essaye d’envoyer des messages aux copains de ma fédé et des autres fédérations pour savoir comment ils vont et si la situation pour eux n’est pas aussi difficile. Pareil avec mes proches. Je pense qu’être solidaire pendant ce temps de crise est nécessaire et essentiel car même si le confinement est dur il faut tenir le coup. La photo, je l’ai prise quand je suis allé porter les courses au prêtre de ma paroisse qui était malade.
Aux jocistes : c’est vrai que nous traversons une période difficile à cause de ce virus et le moral de certains doit être au plus bas, mais ne lâchez rien et nous sortirons plus fort lorsque tout sera terminé !”

Andrea, 26 ans, Clichy-Sous-Bois (93)

“Avec les copines de l’équipe, on garde le contact”

“Ça va ça se passe bien. A la maison tout le monde est confiné. Mon frère qui travaille pour une boîte en informatique a continué à bosser un peu au début mais maintenant il est confiné. Moi, pour mon Service Civique à la Croix-Rouge, j’ai continué la 1ère semaine de confinement parce qu’on distribuait des colis alimentaires. Je m’occupe en jouant aux jeux vidéos ou en lisant. Je prends l’air dans le jardin aussi. Tout le monde va bien dans la famille, et sur la fédé. Avec les copines de l’équipe, on garde le contact par message et WhatsApp. On est toutes confinées. L’équipe des gars s’est retrouvée samedi en équipe par vidéo conférence.”

Marie-Sarah, 21 ans, de Saône et Loire

“Ce qui est long c’est de ne plus pouvoir passer du temps avec mes frères ou voir mes amies”

“J’ai des frères mais je vis seule avec mon père. Je suis au lycée en Bac pro “Accompagnement soin et service à la personne”. Pour suivre les cours, les profs nous envoient des messages par mail, WhatsApp et même Pronote… L’an prochain, j’ai demandé à intégrer un institut pour devenir infirmière, et des BTS si jamais je ne suis pas acceptée. Le confinement, ça passe assez rapidement finalement. Ce qui est long c’est de ne plus pouvoir faire certaines choses comme passer du temps avec mes frères ou voir mes amies. En dehors des cours, je regarde la télé, des séries, je lis. J’ai choisi de photographier mon ordi parce que c’est celui avec qui je passe le plus de temps : que ce soit pour travailler ou même regarder des films.”

Mégane, 18 ans, Saint-Maximin (83)

 

 

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